La 6ème édition des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre se tenait à Dijon du 5 au 9 juillet 2005. J'animais avec Alexandre Dulaunoy de l'AEL le thème « environnement juridique, économique et politique des logiciels libres ».

La session juridique a été marquée par la présence de conférenciers internationaux de haut niveau. Sur le sujet des licences de logiciel libre étaient ainsi présents David Turner, responsable du « GNU GPL Compliance Lab » de la Free Software Foundation, et Harald Welte responsable de l'initiative de lutte contre les violations de la GNU GPL. La session a été l'occasion de discuter des différentes approches aux USA, en Allemagne et en France et d'améliorer la coordination entre les différentes structures.

Les directives européennes ayant un impact sur le logiciel libre ont été à l'honneur. Christophe Espern, de l'initiative EUCD.INFO, a ainsi pour la première fois présenté l'historique complet, remontant à 1992, qui a amené le vote de la directive européenne sur le droit d'auteur et les droits voisins de la société de l'information. Christophe Espern a également annoncé la publication d'un livre blanc qui sera envoyé aux parlementaires français début septembre.

Un moment fort du thème a été la présentation par Gérald Sédrati Dinet, de la FFII, sur la directive « brevets logiciels » qui venait d'être repoussée le matin même par le parlement européen. Gérald est revenu sur les différents épisodes ayant conduit à ce succès historique.

Outre les présentations formelles la session a été l'occasion de discussions informelles entre les différents acteurs qui luttent contre les dérives actuelles vers une appropriation des savoirs par quelques monopoles.

Cette édition des RMLL a été un joli succès. Pas de file d'attente à l'accueil, un village association bien organisé, des activités culturelles pour permettre de s'aérer l'esprit, un programme de qualité, des nocturnes sympa aux Tanneries autogérées de Dijon. Seul problème réel : le réseau qui aurait pu mieux fonctionner. Et y avait pas de bière aux pôts organisés par la mairie :)

Ayant la charge d'un thème je n'ai pas pu assister à beaucoup de conférences.

Le mercredi, court passage à la conférence de presse à 11 h ce qui me permet de parler rapidement de l'EUCD et de la directive brevets logiciels (on ne connaît pas encore le résultat). Interview avec de Vincent Defait de l'Humanité qui publiera un article le 8 juillet («On ne privatise pas le théorème de Pythagore ! » ). Interview avec France 3 Dijon sur le même sujet. Le reportage passera le mercredi 6 au soir dans le journal.

Des personnes du ministère de l'intérieur font de courts entretiens sur le libre et les sujets afférents pour diffuser ça sur l'intranet du ministère. L'objectif est de sensibiliser les membres du ministère. On m'interroge sur le thème des brevets logiciels. Je leur demande à avoir un accès au montage final, on peut toujours rêver.

Le jeudi matin, je raconte dans le thème « Administrations et collectivités territoriales » mon expérience dans le cadre du SMSI (Sommet Mondial sur la Société de l'Information). De l'importance d'être présents dans ce genre de rendez-vous (surtout aux réunions de préparation et pas seulement au sommet lui-même) mais aussi de la difficulté pour agir (coût financier, délégation petite donc on ne peut pas être partout...). Pierre Ouedraogo de la Francophonie raconte également son expérience et parle de la seconde phase sur sommet qui doit se tenir à Tunis fin 2005. Il donne un bon conseil aux futurs participants de ce genre de rencontre: prendre un bon petit déjeuner car, le planning étant très chargé, c'est le seul repas qu'on est sûr de prendre.

Le jeudi après midi c'est les plénières, avec notamment les discours des officiels, une présentation des activités logiciels libres au Brésil et une table ronde sur les brevets logiciels. Avant la table ronde je vais boire un café avec Christian Paul (député PS), Bernard Carayon (député UMP), François Pellegrini et Christophe Espern. On en profite pour faire un point sur l'après directive brevets logiciels et discuter aussi un peu du projet de loi DADVSI.

La table ronde brevets logiciels est l'occasion de féliciter François Pellegrini pour tout le travail accompli. Standing ovation très émouvante, qui fait craquer François. Il faut féliciter tous ceux qui ont participé à ce joli succès, chacun à son niveau. Les applaudissements étaient pour tous. J'ai une pensée particulière pour Jean-Paul Smets qui a été le premier à se lancer dans la bataille. Arrive Laurence Vandewalle, qui travaille pour les Verts au parlement européen, et qui a été de l'intérieur un soutien sans faille depuis plusieurs années. On évoque notre première rencontre à la ZeligConf (rencontre des contre-cultures digitales) en 2000. Laurence a droit elle aussi à une belle ovation bien méritée.

Dans la séance de questions/réponses on a l'impression qu'existe un front commun pour nous aider. Christian Paul et Bernard Carayon semblent prêts à filer un coup de main important sur les vrais enjeux qui nous intéressent. Sur le projet de loi DADVSI qui transpose l'EUCD: co-écriture d'une lettre ouverte à leurs collègues députés, organisation d'une réunion intergroupe, organisation d'un rendez-vous avec le ministre de la Culture. J'en profite pour questionner les élus sur les pratiques du Ministère de l'Éducation Nationale qui diffuse des guides de propagande dans les écoles (voir la réaction de l'APRIL, celle de Martine Billard député Vert et celle des Verts « Petits arrangements entre amis : l'école de la République, le gouvernement et Bill Gates »). Bernard Carayon serait ok pour voir ce qu'il peut faire à ce niveau.

Le jeudi soir c'est nocturne aux Tanneries : plein de geeks alignés, diffusion de Tron sur un écran, diffusion de films sur le cyber-féminisme (ma femme voulait absolument voir ça)... La bière est bonne et pas chère, y a plein de potes, alors on refait le monde comme d'hab :) Le retour à pattes sera dur.

Le vendredi conférence de Loïc Dachary sur les jeux et la question des données libre. Il avait cinquantes minutes, il fait deux heures :) Abdoulaye Diakité de l'UNESCO fait une présentation sur les activités logiciels libres de l'UNESCO. Rien de vraiment nouveau. Plus intéressant est la séance de questions/réponses. Je l'interroge sur l'influence du retour des États-Unis à l'UNESCO sur les activités logiciels libres. Philippe Quéau (ancien directeur de la division Société de l'Information) a été envoyé à Moscou, l'UNESCO a signé fin 2004 un accord de partenariat avec Microsoft. M. Diakité reconnait que les choses ne sont pas simples. Il pense cependant que le rapport de force peut évoluer après le SMSI. Certains pays très favorables au logiciel libre étant mobilisés par le Sommet (le Brésil par exemple). Il suggère également de soumettre de nouveau notre demande de classement des logiciels libres comme patrimoine immatériel de l'humanité. A la fois à « patrimoine de l'humanité » et à « mémoire du monde ».

Enfin, en clôture, Allon Levy, juriste à IP Justice, a présenté son expérience dans le cadre des discussions à l'OMPI.

Je ne peux assister au final le samedi étant de mariage.