Le journaliste voulait faire un article sur les geeks car c'est surement tendance. Il pensait avant tout à ces accros de technologies, les « early adopters » qui achètent les derniers modèles d'appareils ou de gadgets numériques. Comme il a appris à l'école de journalisme, il fait des recherches sur Internet et découvre que derrière le terme générique de geeks il y a plusieurs réalités. Dont celle des geeks du logiciel libre. Des geeks semble-t-il sociables vu que certains l'invitent à boire un verre pour parler d'informatique et répondre à ses questions. Je me retrouve donc à lui expliquer avec quelques petits camarades de l'APRIL ce qu'est le logiciel libre, le type d'action que l'on mène et les raisons (avant tout philosophiques et politiques dans le sens vie de la cité) pour lesquelles nous faisons la promotion du logiciel libre. Le monsieur prend consciencieusement des notes pour être sûr de ne rien louper. On lui propose d'ailleurs de relire son article s'il le souhaite pour lui signaler d'éventuelles erreurs (ce qu'il ne fera pas bien entendu).

Le résultat est donc l'article publié aujourd'hui par l'express. Passons sur le ton général de l'article qui ne dépasse jamais l'anectode et le pitoresque et qui au final se borne à décrire un comportement qu'on retrouve chez tous les passionnés. L'article aurait pu être une vraie analyse politique, insistant que les enjeux de société du logiciel libre et des extensions du droit d'auteur à l'ère du numérique, mais non, trop compliqué apparemment.

Comme il faut toujours un sociologue, l'Express nous sort Philippe Breton. Breton est l'exemple même du sociologue qui ne veut voir que les prétendues influences néfastes d'Internet et notamment la dé-sociabilisation que le réseau entraînerait. Pour ceux qui ne connaîtrait pas le personnage, voir l'article de Laurent Chemla sur uzine « Philippe Breton est un menteur » et son livre.

La citation que je me vois attribuée est

« Un geek sort sans arrêt son portable, demande partout où se trouve
la prise Internet », explique Frédéric Couchet, 35 ans, délégué
général d'un gros vivier de geeks, l'Association pour la promotion et
la recherche en informatique libre.

L'APRIL est donc réduite à un gros vivier de geeks, alors même que l'une des forces de l'association est de compter de nombreux non informaticiens: enseignants, mères de famille, sociologues, juristes... L'article réussit même le tour de force de parler de l'APRIL sans expliciter le mot « logiciel libre ». On pourrait se dire que tout le monde sait ce que c'est. Cependant la revue de sites qui accompagne l'article confond allègrement freeware et logiciel libre. Pour tous ceux qui ne font pas (encore) la différence, je recommande chaudement la lecture d'un document écrit par l'APRIL et qui explique les différences.

Qu'il est difficile d'intéresser les journalistes aux véritables enjeux de société des technologies de l'information.