Concernant le bilan de 2005, je voudrais juste revenir sur ce qui a occupé une grande part de mon temps cette année : la lutte contre les tentatives de contrôle de l'accès à l'information et à la culture, et les restrictions aux libertés publiques.

Depuis début 2000 je crois, nous sommes un certain nombre à lutter contre les projets de la commission européenne de mettre en place une brevetabilité des programmes d'ordinateurs. Après différentes péripéties (plus ou moins lamentables) les parlementaires européens ont rejeté en seconde lecture le 6 juillet 2005 la directive « brevets logiciels ».

Depuis décembre 2002, nous sommes quelques uns à informer sur les conséquences économiques et sociales du projet de loi DADVSI « droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information ». En 2005, on notera avec satisfaction qu'enfin le débat est arrivé sur la place publique. La pétition EUCD.INFO (demandant le retrait de l'ordre du jour parlementaire du projet de loi) a dépassé les 140 000 signataires individuels et les 900 organisations en quelques semaines. Ces signataires et constituent, comme le dit Philippe Aigrain, « un échantillon réjouissant des acteurs culturels, sociaux, techniques, de la jeunesse, de l'enseignement et des médias, de tous milieux sociaux et lieux géographiques ». Les débats intenses à l'assemblée nationale sur le projet de loi ont montré qu'il était impératif de prendre le temps de la réflexion.

Malgré ces deux succès (peut-être temporaires), 2005 restera une année noire pour les libertés publiques à l'ère du numérique :

  • projet INES (Identité nationale électronique sécurisée) qui vise à instaurer une carte d'identité biométrique obligatoire pour tous les citoyens,
  • la volonté du gouvernement de rendre obligatoire le filtrage automatique et par défaut de l'accès à l'information en ligne, au prétexte de la protection des mineurs.
  • un SMSI (Sommet Mondial sur la Société de l'Information) dans lequel la liberté d'expression a été cadenassée.
  • la loi contre le terrorisme qui donne tous pouvoirs à la police administrative.
  • le projet de loi DADVSI qui, sous le terme de « riposte/réponse graduée » pourrait mettre en place un tribunal administratif d'exception
  • le vote de la directive européenne sur la rétention des données qui va créer la plus grande base de données de surveillance au monde, traçant et stockant toutes les communications au sein de l'Union européenne.

Bref, tout cela est très noir.

Que faire en 2006 ? Continuer ce que nous faisons.

Continuer d'aller dans les réunions officielles et dans les cercles de décisions, pour y porter la contradiction partout et toujours.

Continuer notre énorme travail d'information pour montrer les contradictions de certains discours et apporter notre vision trop souvent ignorée. Il suffit souvent d'expliquer simplement les dangers de certains discours pour que des consciences s'éveillent. Cela prend beaucoup de temps mais ce travail est indispensable. « oui... des petits trucs sur le terrain, parfois insignifiants, loin des phallus en papier que constituent les enjeux de pouvoir... » comme dirait Charlie.

Les législations, pour être réellement efficaces, doivent être jugées légitimes par ceux qui sont censés les respecter. Faire croire que la sécurité absolue serait possible est dangereux, car pour ne serait-ce que tenter de l'approcher la seule solution est de recourir à des moyens totalitaires. Les gouvernements de tous pays nous concoctent une société du soupçon, du délinquant présumé, de la surveillance permanente et massive à titre préventif de tous les citoyens, du non respect de la vie privée et poussent des projets de lois liberticides qui, au final, remettent en cause les valeurs fondamentales de notre société.

Rappelons-nous que ce n'est pas la justice qui fait la loi, ce sont les batailles.

Pour 2006, l'APRIL fêtera ses 10 ans, ce sera l'occasion de quelques manifestations sympa et sans aucun doute une bonne fête avec les membres fondateurs.

L'évènement le plus attendu pour moi est bien sûr la naissance de mon fils pour début mars. Loïs attend son petit frère avec impatience.

Soyons présents en 2006 pour continuer à dégager des espaces de liberté.

« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » (attribué à Albert Einstein)

Quelques références :