En dégainant jeudi l'article 49-3 de la constitution, le premier ministre Dominique de Villepin a mis fin à un débat pourtant indispensable sur le texte sur l'égalité des chances.

Le gouvernement avait en août 2005 mis en place par ordonnance le CNE (Contrat Nouvel Embauche) déjà fortement contesté par les organisations syndicales. A la fois sur le fond et la forme. L'objectif de de Villepin est bien de mettre à bas le code du travail pendant que l'objectif de Sarkozy est de renforcer la répression. Lors de la séance des questions au gouvernement le 17 janvier 2006 le député Alain Vidalies a bien résumé la situation par la réflexion suivante adressée à Dominique de Villepin « Ce n'est pas parce que M. Sarkozy ajoute chaque semaine une page au code pénal que vous devez, chaque semaine, déchirer une page du code du travail. »

Le premier ministre souhaitait étendre le CNE. Ainsi, est apparu le CPE (Contrat de Première Embauche) qui concerne cette fois tous les salariés de moins de 26 ans. Le CEP instaure une periode d'essai de deux ans pendant laquelle le jeune salarié peut être licencie à tout moment, sans motif, et pratiquement sans indemnité (quelques euros de plus que le smic). Cette mesure a été proposée sans concertation préalable avec les partenaires sociaux, comme l'impose pourtant la loi Fillon sur le dialogue social. Cette mesure est une nouvelle étape dans la précarisations des jeunes, dans la déréglementation du Code du travail, et n'est en rien une solution au chomage. Villepin a beau revendiquer la baisse du chomage comme preuve du l'efficacité de sa politique, la réalité est tout autre. La baisse du chomage est surtout due à de nombreuses radiations de chomeurs et au départ à la retraite des premières générations du baby-boom.

Le CPE ne concerne pas que les jeunes : il est une profonde remise en cause du CDI et du Code du Travail dans son ensemble.

Le gouvernement a déclaré l'urgence pour l'étude du texte au parlement (une seule lecture dans chaque chambre). Cette procédure avait pour but de réduire le débat au minimum. Mais cela ne suffisait pas, reprochant une obstruction de la gauche, le premier ministre a dégainé le 49.3 pour mettre un terme au débat et faire adopter tout le texte, dont des dispositions de loi qui n'auront pas été débattues par les députés.

Libération rapporte un nouvel exemple de l'inculture parlementaire du premier ministre :

A Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste qui brandissait
un carton rouge, Villepin a lancé : «Nous ne sommes pas dans un
stade, nous ne sommes pas au théâtre, nous sommes dans
l'amphithéâtre de la démocratie». Manque de chance pour Villepin:
c'est en fait son bulletin de vote que brandissait Ayrault. Comme
tous les députés, il dispose de trois bulletins (un bleu pour le
vote pour, un rouge pour le vote contre et un blanc pour
l'abstention) qui sont utilisés lors des votes solennels. «C'est un
inculte du Parlement», commentaient des députés socialistes, à
propos du Premier ministre, dans les couloirs de l'Assemblée.

Mais peut-on attendre quelque chose de quelqu'un qui trouve que les députés sont des "connards élus par des nuls", qui a fait l'intégralité de sa carrière dans les cabinets et qui en plus méprise les représentants nationaux ?

Syndicats, étudiants et lycéens ont décidé vendredi d'une nouvelle journée de mobilisation contre le contrat première embauche (CPE), le mardi 7 mars.

Villepin passerait-il maître dans l'incorrection politique ?

Références :