Cette tribune se veut une réponse à une précédente tribune de Jean-Dominique GIULLIANI intitulée « Il n'a de libre que le nom ». Tribune bourrée d'erreurs, de pseudo-arguments et de mauvaise foi. Incompétence crasse ou attaque volontaire. Quoi qu'il en soit le niveau est bien bas. Et les méthodes de travail de Guilliani particulièrement pourries.

Prenons l'exemple du passage de la tribune qui concerne Richard Stallman, président de la Fondation pour le Logiciel Libre. On peut lire ainsi :

Or les propos de R. Stallman, le pape autoproclamé du logiciel libre, sont à ce titre édifiants : «Le logiciel propriétaire est immoral et ne doit pas exister...» A la question : «Comment les entreprises développant des logiciels libres peuvent-elles vivre de leurs programmes ?» Il a même commis la déclaration historique suivante : «Cette question ne m'intéresse pas, moi je suis contre la société de marché...»

Ce passage illustre le peu de sérieux de l'auteur de la tribune.

La tribune attaquant bille en tête la manifestation «Paris Capitale du Libre» (qui s'est tenue le 26 juin 2006 à Paris), on pourrait penser que la citation de Richard Stallman est issue d'une réponse à une question à l'occasion de cette manifestation (il était l'un des invités d'honneur). C'est ce que veut laisser croire Guilliami. De même qu'il espère que le lecteur passera rapidement sur le terme « société de marché » pour interpréter ça comme « économie de marché ». Le lecteur peu attentif ou peu au fait de la réalité des choses pensera donc que Richard Stallman a déclaré à l'occasion de « Paris Capitale du Libre » être contre l'économie de marché.

Mais il ne s'agit évidemment pas de ça. Les personnes qui connaissent Richard Stallman savent qu'il n'est pas contre l'économie de marché mais qu'il considère que celle-ci ne peut remettre en cause les libertés fondamentales.

D'où Guilliani tire donc la citation de Richard Stallman ? En utilisant le même outil de recherche documentaire que lui (Google donc), quelques seconde de recherche suffisent à trouver la réponse. En 2001, 01 net publie une interview de Richard Stallman, où à la question :

« Comment les entreprises développant des logiciels libres peuvent-elles vivre de leurs programmes ? »

la réponse publiée était :

« Cette question ne m'intéresse pas. Moi, je suis contre la société de marché. Je dis : tant qu'on respecte les libertés des autres, on peut faire du commerce. En revanche, si vous développez un programme mais que vous avez peur qu'on vous emprunte des idées, alors, ne faites rien ! »

Alors qu'en fait, Richard Stallman avait cité Lionel Jospin qui lors d'un discours avait dit « Oui à l'économie de marché, Non à la société de marché ». Malgré une demande de rectification à l'époque le journaliste n'a pas corrigé la réponse publiée. Richard Stalllman avait demandé d'autres corrections qui n'ont pas été prises en compte.

On peut immédiatement noter que Guilliani, pour faire croire que Richard Stallman est contre l'économie de marché, opère une belle coupe stalinienne à la citation originale.

La réponse à la question précédente sent l'approximation et les raccourcis. Cependant sa position semble bien apparaître. Il est bien contre la société de marché mais pas contre l'économie de marché. Il est pour une société non dominée uniquement par le marché.

Rappelons que selon Patrick Viveret la société de marché se définit :

C'est à dire une société ou l'économie marchande en vient à subordonner, voire à absorber les autres fonctions majeures du lien sociétal que sont le lien politique, affectif et symbolique. L'expression forgée par Karl Polanyi dans "la grande Transformation" a été reprise récemment par le Premier Ministre, M Lionel Jospin.

Karl Polanyi (dans la Grande Transformation) critiquait il y a 50 ans la « société de marché » :

« Permettre au mécanisme du marché d'être l'unique directeur du sort des êtres humains et de leur environnement naturel aurait pour résultat la démolition de la société. »

Cela rappelle furieusement le célèbre « Oui à l'économie de marché, non à la société de marché » de Lionel Jospin en 1999.

Guilliani connaît évidemment la distinction entre les deux notions mais n'a que faire de la vérité.

Mise à jour

Suite à ce billet on m'a gentiment signalé la « carte blanche » de Viviane Ribeiro, président de l'AFDEL (une sorte de BSA) « logiciels : Paris , capitale du libre... arbitre ! » (01 informatique, 30/06/2006, en réponse à la Carte blanche de Danielle Auffray publié dans 01 informatique 1863, visiblement pas en ligne).

Viviane Ribeiro nous ressort la citation tronquée de Richard Stallman :

« Personne ne soutient donc qu'on puisse développer l'innovation sans y investir. Personne... sauf peut-être la Free Software Foundation (FSF) ainsi conviée à Paris, capitale du Libre. Son fondateur Richard Stallman, qui ne considère pas le célèbre navigateur Firefox comme un logiciel libre, affirme tout de go : "Comment les entreprises développant des logiciels libres peuvent-elles vivre de leurs programmes ? Cette question ne m'intéresse pas. Moi, je suis contre la société de marché." »