On peut consulter leur appel à participation «Régionales 2010 : Piratons la vie politique !». Si le Parti Pirate Français présente des candidats ce sera leur seconde expérience en France. La première (législative partielle de la 10ème circonscription des Yvelines en septembre 2009) a été selon moi une occasion ratée, voir mon billet «Parti Pirate : de la façon d'aborder une élection ?». Défaut de jeunesse peut-être ou signe d'un problème plus profond, les élections régionales devraient permettre d'y voir plus clair.

Lors de la législative partielle dans les Yvelines le candidat du Parti Pirate Français n'était pas un militant de longue date mais un jeune de 23 ans dont l'implication politique date de la loi Hadopi. Sauf erreur de ma part, il est d'ailleurs devenu membre du Parti Pirate quelques semaines avant l'élection.

Depuis, le Parti Pirate semble avoir changé de stratégie ou de braquet. En effet la tête de liste régionale en IDF et la tête de liste sur Paris ne sont pas des inconnus et sont des militants politiques de longue date. Je les connais bien d'ailleurs et les apprécie.

On trouve ainsi Jean-Christophe Frachet, tête de liste Région IDF, qui est ingénieur territorial responsable de le Mission Technologies de l’Information de la Communication (MiTIC) au Conseil général de l’Essonne. Du côté politique Jean-Christophe a été délégué national du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), et 2001 à 2008, conseiller du 2ème arrondissement de Paris délégué aux T.I.C. et au développement économique. Jean-Christophe connaît bien notamment le logiciel libre et s'est impliqué dans les mobilisations contre DADVSI, puis Hadopi.

La tête liste Paris est Perline qui est «Ingénieure, docteure ès sciences-technologie-société et maître en droit public» et a écrit plusieurs ouvrages liés à la société numérique (La bataille du logiciel libre ; Vote électronique, les boîtes noires de la démocratie ; SPIP...). Je vous recommande d'ailleurs la lecture des 3 premiers, le 4ème je ne le connais pas. Perline est de plus une militante écologique de longue date et elle a occupé plusieurs fonctions auprès d'Alain Lipietz et des Verts Européens.

Ainsi donc on trouve deux militants politiques confirmés, connaissant bien les enjeux du numérique, proches de partis politiques et qui sont candidats pour un nouveau parti. Ce choix est sans doute dicté par la conviction mais sans doute aussi par un certain dépit.

La question légitime qu'on peut en effet se poser est : au fond, les autres partis n'ont peut-être pas encore totalement saisi l'importance des « cultures numériques » de partage. Les partis traditionnels (ou certains) au fond ne voient principalement dans internet qu'un outil de plus pour faire du buzz mais pas les enjeux sociaux et politiques. À l'exception bien sûr de quelques rares personnalités politiques. Certains partis sont tout de même plus en avance que d'autres.

L'existence du Parti Pirate a le mérite de mettre la question sur la place publique et pousser les autres partis à s'interroger. Qu'en sortira-t-il ? Seul l'avenir le dira.

Espérons qu'en attendant, le Parti Pirate ne fera pas le jeu de leurs vrais adversaires, par exemple en prenant des voix uniquement à ceux qui jusqu'à présent ont fait leurs preuves en matière de défense des libertés sur Internet ou en ne sachant pas gérer des alliances sur le fond.

pirate-zombie.jpgEn parlant de faire ses preuves en Suède le Parti Pirate a deux élus au Parlement européen. Le premier a déjà eu l'occasion de faire ses "preuves" sur le paquet Telecom en donnant la victoire totale à Catherine Trautmann par le vote d'un compromis plein de trous. Voir à ce sujet le communiqué de La Quadrature du Net et "Le Parti Pirate suédois veut défendre les droits d’Internet… mais traîne déjà des casseroles".